Plaine des Cafres : onze patients atteints d'échinococcose alvéolaire détectés depuis 2023, maladie parasitaire incurable
Onze patients atteints d'échinococcose alvéolaire détectés à la Plaine des Cafres depuis 2023, alerte d'un pharmacien de Bois Court. Maladie parasitaire incurable transmise par les chiens, ~30 cas par an en France métropolitaine.
L’essentiel
Onze patients atteints d’échinococcose alvéolaire (parasitose transmise par le ténia du chien, Echinococcus multilocularis) ont été détectés à la Plaine des Cafres depuis 2023, selon La 1ère / France Info. L’alerte a été donnée par un pharmacien de Bois Court, au 23e Km du Tampon, qui a observé un cluster de prescriptions identiques pour des patients venant tous de la même zone. Cette maladie est incurable : aucun traitement ne permet d’éliminer le parasite, seule une prise en charge à vie par antiparasitaire (albendazole) ralentit l’évolution. À titre de comparaison, seulement une trentaine de cas sont recensés chaque année en France métropolitaine selon le ministère de l’agriculture, ce qui rend la concentration de onze cas sur un seul secteur géographique réunionnais particulièrement notable.
Qu’est-ce que l’échinococcose alvéolaire
L’échinococcose alvéolaire est une parasitose humaine causée par le ver plat Echinococcus multilocularis, communément appelé ténia du chien ou ténia du renard (en Europe continentale). Le cycle naturel du parasite implique un hôte définitif (chien, chat, renard) qui héberge le ver adulte dans son intestin et excrète des œufs dans ses fèces, et un hôte intermédiaire (petits rongeurs, micro-mammifères) qui ingère ces œufs et développe des kystes parasitaires dans son foie.
L’homme est un hôte accidentel : il contracte la maladie en ingérant des œufs présents sur des aliments (fruits, légumes, baies) ou par contact avec un animal infesté (chien, chat domestique). Le parasite se développe alors dans le foie humain, formant des kystes ou plus exactement des lésions multivésiculaires (aspect alvéolaire d’où le nom) qui ressemblent à une tumeur maligne par leur croissance lente et infiltrante.
Selon l’Institut Pasteur et l’ANSES, la maladie a une période d’incubation longue (souvent 5 à 15 ans) avant l’apparition des symptômes : douleurs abdominales, ictère (jaunisse), fatigue, perte de poids. Le diagnostic repose sur l’imagerie (échographie, scanner, IRM) et la sérologie.
Pourquoi le mot “incurable”
Le traitement curatif de référence est la chirurgie d’exérèse quand les lésions sont opérables (foie partiellement préservé). Dans les autres cas, le traitement médicamenteux repose sur l’albendazole, un antiparasitaire qui doit être pris à vie pour freiner la prolifération du parasite, sans pour autant l’éliminer.
C’est ce caractère incurable (au sens d’élimination complète impossible dans la majorité des cas) qui rend la maladie particulièrement préoccupante. Sans prise en charge, la mortalité peut atteindre 90 % à 10 ans. Avec traitement à vie, la survie est nettement améliorée mais la maladie reste chronique et invalidante.
L’alerte du pharmacien de Bois Court
L’alerte est partie d’un pharmacien installé à Bois Court, au 23e Km du Tampon, dans la Plaine des Cafres. En observant ses délivrances quotidiennes, il a constaté un profil identique sur plusieurs patients :
« Onze patients de différents secteurs du 23ème Km sont venus à ma pharmacie avec des prescriptions identiques » , Pharmacien de Bois Court, cité par La 1ère / France Info, 22 mai 2026
Ces prescriptions correspondent au traitement par albendazole, prescrit pour l’échinococcose alvéolaire. Le cluster géographique (tous habitant un même périmètre dans le secteur du 23e Km) et la rareté de la maladie (~30 cas/an France métropolitaine) ont conduit le pharmacien à alerter sa hiérarchie professionnelle et les autorités sanitaires.
Pourquoi un cluster à La Réunion
Plusieurs hypothèses peuvent expliquer ce cluster localisé. La présence du parasite dans la population canine ou féline locale, peut-être introduite par un animal importé ou un rongeur intermédiaire présent dans l’écosystème. La proximité entre habitants, chiens domestiques, rongeurs sauvages et chasse au tangue (espèce de tenrec endémique, hôte intermédiaire potentiel) favorise les conditions de transmission.
À noter que la chasse au tangue est pratiquée traditionnellement à La Réunion, principalement en hiver austral. Les chasseurs et leurs chiens peuvent constituer un vecteur si les animaux sauvages chassés sont infestés et si la manipulation des carcasses ne respecte pas les précautions sanitaires.
L’ARS Océan Indien et l’ANSES sont attendues pour des investigations épidémiologiques complémentaires : recherche des chiens porteurs dans le secteur, enquête auprès des patients sur leurs habitudes (cuisine, animaux, chasse), prélèvements environnementaux.
Prévention pratique
Plusieurs gestes de prévention simples mais essentiels.
Vermifuger son chien et son chat au minimum deux fois par an avec un antiparasitaire adapté (efficace contre les ténias, praziquantel). Cette mesure est essentielle pour casser le cycle du parasite. Consultation vétérinaire recommandée pour vérifier la fréquence adaptée selon le mode de vie de l’animal (chasseur, contact avec rongeurs, etc.).
Bien cuire les aliments susceptibles d’avoir été contaminés. Le parasite est détruit à plus de 60 °C pendant quelques minutes. À l’inverse, la congélation seule (à -20 °C) est insuffisante dans les conditions domestiques (il faudrait -80 °C pendant plusieurs jours).
Laver soigneusement les fruits et légumes consommés crus, en particulier ceux ramassés en plein air (fraises sauvages, mûres, baies, mais aussi pissenlits et plantes des bords de chemin). Privilégier la cuisson quand le doute existe.
Hygiène des mains après contact avec un chien ou un chat, en particulier avant les repas. Éviter les léchouilles sur le visage pour les jeunes enfants.
Pour les chasseurs et leurs chiens : précautions strictes lors de la manipulation des carcasses, vermifugation renforcée des chiens utilisés à la chasse.
Pour les patients et leur entourage
Les patients déjà diagnostiqués sont suivis par leur médecin traitant et par les services hospitaliers spécialisés (gastro-entérologie, parasitologie). Le CHU de La Réunion dispose des compétences pour la prise en charge.
Les proches d’un patient n’ont pas de risque direct de contamination : la maladie ne se transmet pas d’homme à homme. La transmission passe exclusivement par les œufs présents dans l’environnement, transportés par les animaux ou les aliments contaminés.
En cas de symptômes inhabituels (douleurs abdominales prolongées, jaunisse, fatigue intense, perte de poids inexpliquée) chez une personne vivant ou ayant vécu dans le secteur, consulter un médecin et signaler le contexte géographique. La sérologie spécifique permet de dépister la maladie à un stade précoce.
Le contexte sanitaire 974
Cet épisode complète un bulletin sanitaire 974 déjà chargé : pic de leptospirose, foyers de dengue, Mpox, vigilance hantavirus, vigilance Ebola liée à l’épidémie en RDC. Plusieurs zoonoses circulent en parallèle à La Réunion, dont certaines liées aux rongeurs (leptospirose, hantavirus) et d’autres aux animaux domestiques (échinococcose, plus rarement la rage qui n’est pas présente à La Réunion). La surveillance épidémiologique locale est mobilisée.
Suivre
- ARS Océan Indien : bulletins épidémiologiques et alertes sanitaires
- Santé publique France : surveillance nationale
- ANSES : Agence nationale de sécurité sanitaire (alimentation, environnement, travail)
- Institut Pasteur : références sur les parasitoses
- CHU de La Réunion : prise en charge des patients
- Médias locaux : La 1ère, Imazpress, Zinfos974, Le Quotidien
