Baleines de l'océan Indien : le détournement du trafic maritime via le cap de Bonne-Espérance fait bondir le risque de collision
Les tensions en mer Rouge détournent le trafic maritime vers le cap de Bonne-Espérance : 89 navires par jour début 2026 contre 44 en 2023. Cette hausse accroît le risque de collision avec les baleines à bosse autour de La Réunion. Une étude de Globice identifie les zones à haut risque et les mesures efficaces.
L’essentiel
Les risques de collisions entre navires et cétacés n’ont jamais été aussi importants dans l’océan Indien, alerte Globice dans une analyse relayée par Imazpress. En cause, un effet en cascade géopolitique : les tensions au Moyen-Orient et l’insécurité en mer Rouge entraînent un report du trafic maritime autour du cap de Bonne-Espérance (Afrique du Sud), augmentant fortement la fréquentation du sud-ouest de l’océan Indien. Entre le 1er mars et le 24 avril 2026, 89 navires commerciaux par jour en moyenne ont passé le cap de Bonne-Espérance, contre 44 sur la même période de 2023, soit un doublement. Cette intensification accroît directement le risque de collision avec les baleines à bosse qui fréquentent les eaux réunionnaises.
Un effet cascade venu de la mer Rouge
Le mécanisme est indirect mais puissant. La situation géopolitique en mer Rouge a entraîné une division par deux du passage des bateaux commerciaux par le détroit de Bab-el-Mandeb et le canal de Suez, route historique entre la Méditerranée et l’océan Indien. Pour contourner la zone, les armateurs détournent leurs navires par le cap de Bonne-Espérance, ce qui s’est traduit par un doublement du trafic à cet endroit, selon les données de la plateforme Portwatch du Fonds monétaire international (FMI).
Or, l’océan Indien représente déjà une part importante du commerce maritime mondial et a connu l’une des plus fortes augmentations d’intensité de trafic au monde.
« Dans l’océan Indien, les routes maritimes reliant l’Asie, l’Afrique et l’Europe sont devenues particulièrement stratégiques » , Jean-Marc Gancille, responsable communication chez Globice, juin 2026
Des baleines fidèles à leurs routes ancestrales
Le problème vient de la rencontre entre ces routes commerciales en expansion et les couloirs de migration des baleines à bosse, qui fréquentent l’océan Indien occidental une partie de l’année (cf. observer les baleines à bosse de juin à octobre).
« On constate que les baleines à bosse ne modifient pas leurs couloirs de migration ancestraux et sont donc sujettes à des collisions lorsqu’elles croisent les routes commerciales des navires » , Jean-Marc Gancille, Globice, juin 2026
À La Réunion, Globice et ses partenaires du consortium de recherche IndoCet ont réalisé une étude d’évaluation du risque de collision, à partir de données de suivi satellitaire des baleines et de trafic AIS des navires. Présentée à la Commission Baleinière Internationale (CBI), elle identifie plusieurs zones à haut risque : le sud de Madagascar, les abords de La Réunion et la côte est de l’Afrique du Sud, là où les routes commerciales croisent des zones de forte présence des baleines.
Les mesures qui marchent
L’étude évalue aussi l’efficacité des solutions de mitigation. La plus efficace est sans appel :
« Les simulations de mitigation indiquent que la mesure la plus efficace consiste à détourner les routes maritimes hors des zones critiques, supprimant presque totalement le risque local de collision » , Jean-Marc Gancille, Globice, juin 2026
La vitesse des navires joue également un rôle critique : elle détermine le temps dont disposent les baleines pour détecter un navire et réagir. Les cétacés sont d’autant plus vulnérables qu’une « ombre acoustique » créée par la coque limite l’avertissement sonore avant l’approche. Selon Globice, des limitations de vitesse strictes (≤ 10 nœuds) réduisent le risque d’environ 40 %.
Les collisions, largement sous-documentées (de nombreuses collisions mortelles se produisent au large, sans que les carcasses ne s’échouent), constituent une « cause majeure de mortalité » chez les baleines, selon un article publié en 2024 dans la revue Science.
Le lien avec la « zone à éviter » de La Réunion
Ces conclusions éclairent la récente création d’une zone à éviter (ATBA) au large de La Réunion. Sous l’impulsion du CROSS et de la DGAMPA (Direction générale des affaires maritimes, de la pêche et de l’aquaculture), et après concertation avec les acteurs maritimes et environnementaux, la France a proposé à l’Organisation Maritime Internationale (OMI) cette mesure pour renforcer la sécurité maritime et protéger le milieu marin.
La zone vise « principalement les navires de charge de plus de 300 tonneaux en transit, sans escale prévue à La Réunion », en les éloignant des côtes les plus exposées (sud et est de l’île). L’objectif est de réduire les risques d’échouement, de pollution marine et de collisions avec les cétacés. La hausse du trafic documentée par Globice renforce la pertinence de cette mesure, qui entrera en vigueur dans les mois à venir.
Suivre
- Globice Réunion : étude et protection des cétacés
- Consortium IndoCet : recherche sur les cétacés de l’océan Indien
- Commission Baleinière Internationale (CBI)
- OMI : Organisation Maritime Internationale
- Médias locaux : Imazpress, Le Quotidien, Linfo.re, Free Dom

