Pêche du bichique : un projet d'arrêté basé sur le calendrier lunaire soumis à consultation publique
La préfecture de La Réunion soumet à consultation publique (21 jours) un nouveau projet d'arrêté réglementant la pêche du bichique. Calage sur le calendrier lunaire avec six 'lunes bichiques' consécutives. Le gros bichique est classé en danger sur la liste rouge UICN.
L’essentiel
Depuis le 1er juin 2026 et pour une période de 21 jours, un nouveau projet d’arrêté préfectoral réglementant la pêche du bichique, en mer et en rivière, est soumis à la consultation publique par voie électronique, selon Le Quotidien, Imazpress et Free Dom. La mesure phare du projet propose de caler les dates de pêche sur le calendrier lunaire, de manière qu’une saison contienne six « lunes bichiques » consécutives. Les deux espèces concernées, le gros bichique et le bichique fine, sont gravement menacées : le gros bichique est classé « en danger » sur la liste rouge de l’UICN. La réglementation actuelle prévoit une fermeture de six mois, du 1er mars au 31 août, pour favoriser le renouvellement de l’espèce, qui s’est raréfiée.
Qu’est-ce que le bichique
Le bichique est l’alevin (post-larve) de plusieurs espèces de cabots bichiques (poissons de la famille des Gobiidés, genre Sicyopterus), endémiques ou indigènes des rivières de La Réunion. Ces poissons ont un cycle de vie amphidrome : les adultes vivent et se reproduisent en rivière, les larves sont entraînées vers la mer où elles se développent, puis remontent en bancs vers les embouchures et les cours d’eau sous forme d’alevins, c’est le moment où ils sont pêchés.
Surnommé le « caviar péi », le bichique est un mets recherché et cher de la gastronomie réunionnaise, traditionnellement cuisiné en bouchons, en omelette ou en cari. Sa pêche, pratiquée aux embouchures des rivières (notamment dans l’Est : Saint-Benoît, Sainte-Suzanne, et le Sud), est une tradition ancienne, mais la pression de pêche et la dégradation des milieux ont fait chuter les populations.
Une espèce gravement menacée
Le projet d’arrêté répond à une urgence de conservation. Les deux espèces ciblées par la pêche, le gros bichique et le bichique fine, sont aujourd’hui gravement menacées. Le gros bichique est classé « en danger » (EN) sur la liste rouge de l’UICN, un statut qui traduit un risque élevé d’extinction à l’état sauvage.
La raréfaction de l’espèce s’explique par plusieurs facteurs : la surpêche des alevins (qui empêche le renouvellement des populations adultes en rivière), la dégradation de la qualité de l’eau, les obstacles à la continuité écologique (seuils, barrages) qui bloquent la remontée des poissons, et les prélèvements d’eau qui assèchent certains cours d’eau.
Le calage sur le calendrier lunaire
L’innovation du projet réside dans le calage des dates de pêche sur le calendrier lunaire. Les montées de bichiques vers les rivières sont en effet liées aux cycles de la lune et aux marées : les pêcheurs parlent depuis toujours de « lunes bichiques », ces périodes du mois lunaire où les bancs d’alevins remontent en masse.
Le projet propose qu’une saison de pêche contienne six « lunes bichiques » consécutives et se termine avant le début de la lune bichique de mars. Cette approche répond « conformément à certaines attentes de la profession », les professionnels ayant demandé à plusieurs reprises une modification du calendrier et un décalage de la période d’ouverture pour intégrer le mois de mars, jugé important pour leur activité.
Ce système combine ainsi un savoir empirique local (la connaissance traditionnelle des lunes bichiques) et un objectif de gestion durable de la ressource.
La consultation publique
Le projet d’arrêté est soumis à la consultation du public pendant 21 jours, par voie électronique, conformément à la procédure prévue pour les décisions ayant une incidence sur l’environnement. Chaque citoyen, pêcheur, association ou professionnel peut déposer ses observations sur le projet via la plateforme dédiée de la préfecture.
Cette consultation permet d’arbitrer entre les intérêts parfois divergents : la préservation de l’espèce menacée, le maintien d’une tradition culinaire et économique, et les attentes des professionnels de la pêche. À l’issue des 21 jours, la préfecture finalisera l’arrêté en tenant compte des contributions reçues.
Pour participer
Les personnes souhaitant contribuer peuvent :
- Consulter le projet d’arrêté sur le site des services de l’État à La Réunion (rubrique consultations publiques)
- Déposer une observation par voie électronique pendant les 21 jours de consultation
- Se renseigner auprès de la DEAL Réunion (Direction de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement) sur les enjeux de conservation
Suivre
- Préfecture de La Réunion : consultations publiques et arrêtés
- DEAL Réunion : réglementation de la pêche en eau douce
- Office français de la biodiversité (OFB) : suivi des espèces
- UICN : liste rouge des espèces menacées
- Médias locaux : Le Quotidien, Imazpress, Free Dom, Zinfos974

