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Bac 2028 : épreuve de spécialité en créole annoncée, mais 'impossible à réaliser' à La Réunion selon les enseignants

Le ministre Édouard Geffray annonce que les épreuves de spécialité du bac pourront être passées en langue régionale dès 2028, dont le créole à La Réunion. Une mesure saluée mais jugée impossible à appliquer sans moyens, alertent enseignants et syndicats.

Bac : épreuve de spécialité en langue régionale, annonce du ministère 2028 (source : La 1ère)

L’essentiel

Le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray a annoncé le week-end du 24-25 mai 2026 que les épreuves de spécialité du baccalauréat pourront être passées en langue régionale dès la session 2028 : breton, basque, occitan, et créole, à condition que la spécialité ait été suivie pendant deux années dans cette langue. La mesure, saluée sur le papier par les acteurs de l’enseignement réunionnais, est jugée “impossible à réaliser” à La Réunion par les syndicats et enseignants certifiés de créole, selon La 1ère / France Info, faute de moyens humains et de filières structurées. Le recteur Rostane Mehdi a réagi en visite dans le Sud le 26 mai (cf. Le Quotidien).

Ce que prévoit la mesure

L’annonce du ministre Édouard Geffray, détaillée par Zinfos974 et Le Quotidien, modifie le règlement du baccalauréat général à compter de la session 2028. Pour qu’un candidat puisse composer une épreuve de spécialité dans une langue régionale, deux conditions doivent être remplies. D’abord, la spécialité doit avoir été enseignée pendant les deux années de Première et Terminale dans la langue régionale en question. Ensuite, le candidat doit en faire la demande en début d’année de Terminale.

Les langues éligibles sont les langues régionales reconnues au sens de l’arrêté éducation nationale : breton, basque, occitan, catalan, alsacien, corse, langues d’oïl, et créole (sous ses différentes variantes martiniquaise, guadeloupéenne, guyanaise, réunionnaise). À La Réunion, la langue concernée est le créole réunionnais.

Pourquoi la mesure est saluée

Sur le principe, la mesure répond à une demande ancienne des acteurs de la langue régionale. Reconnaître le créole comme langue d’enseignement au plus haut niveau scolaire (baccalauréat) lui confère une dignité institutionnelle souvent revendiquée par les associations culturelles, les enseignants de créole et certains élus locaux. C’est l’aboutissement d’un parcours qui passe par la certification CAPES de créole (créée en 2002), la licence de créole à l’Université de La Réunion, et la place du créole dans le paysage éducatif réunionnais.

Les partisans soulignent également que la mesure peut valoriser des candidats bilingues français-créole dans les épreuves où la maîtrise conceptuelle est centrale (histoire, sciences politiques, sciences économiques et sociales, littérature).

Pourquoi les enseignants disent “impossible”

L’alerte vient principalement des professeurs certifiés de créole et des syndicats enseignants, selon La 1ère / France Info. Trois obstacles principaux sont identifiés.

D’abord, le nombre extrêmement réduit de lycées qui proposent réellement une spécialité enseignée en créole sur l’ensemble des deux années Première et Terminale. La grande majorité des spécialités (HGGSP, SES, NSI, mathématiques, physique-chimie, SVT, etc.) restent enseignées en français, même quand des modules de LCR créole (Langues et Cultures Régionales) sont proposés en option.

Ensuite, le manque de professeurs certifiés capables d’enseigner une discipline non-créole en créole. Le CAPES de créole forme des enseignants de créole en tant que matière, mais pas des enseignants d’histoire, de SES ou de SVT capables de tenir un cours dans la langue. Cela créerait, en théorie, une nouvelle catégorie d’enseignants à former, recruter et certifier.

Enfin, le calendrier : pour que la session 2028 soit applicable, il faudrait que dès la rentrée 2026 (Premières), une cohorte d’élèves suive une spécialité en créole pendant deux ans. À deux semaines de la fin de l’année scolaire 2025-2026, rien n’est en place pour démarrer en septembre 2026.

La réaction du recteur

Le recteur Rostane Mehdi, en visite dans des collèges du Sud le 26 mai, a réagi à l’annonce et au sujet plus large des mutations enseignantes (cf. enseignants mutés en métropole, pétition). Selon Le Quotidien, il a confirmé que l’Académie de La Réunion étudie les modalités d’application de l’annonce du ministre. La mise en œuvre concrète dépendra des moyens alloués (postes, formation, certifications) et du calendrier négocié avec le ministère.

Le contexte langue créole à La Réunion

Le créole réunionnais est langue maternelle ou co-langue pour une grande partie de la population réunionnaise. Le français reste langue officielle unique sur le territoire, mais le créole est reconnu comme langue régionale depuis 2000 (statut DELF DALF FLE) et inclus dans la Charte européenne des langues régionales (signée mais non ratifiée par la France).

Dans l’enseignement, le créole est présent à plusieurs niveaux : classes bilingues dans certaines écoles maternelles et primaires (cf. dispositif Killt , Département), option LCR au collège et au lycée, CAPES de créole, licence et master à l’Université de La Réunion. Mais la bascule entre enseignement DE créole (matière) et enseignement EN créole (langue d’apprentissage des autres matières) reste limitée.

Le contexte social plus large

Cette annonce s’inscrit dans une séquence éducative chargée à La Réunion : pétition des enseignants mutés, mobilisation autour des PEC, positions parlementaires (Karine Lebon, Huguette Bello sur les mutations), réformes nationales du baccalauréat. Les enjeux identitaires et statutaires de l’enseignement à La Réunion reviennent régulièrement à l’agenda politique.

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