Coupe du monde et violences conjugales : les associations réunionnaises en vigilance renforcée
Avec le coup d'envoi de la Coupe du monde 2026, les associations de lutte contre les violences conjugales redoutent une hausse. Plusieurs études scientifiques documentent une augmentation des violences les soirs de match (jusqu'à +38 %). La Réunion est l'un des départements les plus touchés par les violences intrafamiliales.
L’essentiel
Le coup d’envoi de la Coupe du monde de football 2026, donné le jeudi 11 juin au Mexique, marque le début d’un mois de fête pour des milliards de supporters. Mais derrière l’engouement, les associations de lutte contre les violences conjugales redoutent le pire, selon Zinfos974 et Le Quotidien. Depuis une dizaine d’années, plusieurs études scientifiques mettent en évidence une augmentation des violences au sein du couple lors des grandes compétitions internationales. Un constat qui interpelle particulièrement à La Réunion, l’un des départements français les plus touchés par les violences intrafamiliales. Les associations appellent à une vigilance renforcée durant tout le tournoi.
Ce que disent les études
L’inquiétude des associations ne repose pas sur une intuition, mais sur des travaux scientifiques convergents. La référence en la matière est une étude publiée en 2014 dans le Journal of Research in Crime and Delinquency par le criminologue Stuart Kirby, le statisticien Brian Francis et la chercheuse Rosalie O’Flaherty, de l’université de Lancaster (Royaume-Uni).
En analysant des milliers de signalements enregistrés par la police du Lancashire lors des Coupes du monde 2002, 2006, 2010 et 2014, les chercheurs ont établi un constat clair :
« Les jours de match, le risque de violences conjugales augmentait de 26 % lorsque l’équipe d’Angleterre gagnait ou faisait match nul, et de 38 % lorsqu’elle perdait » , Stuart Kirby, Brian Francis et Rosalie O’Flaherty, université de Lancaster, 2014
Les chercheurs relèvent aussi un effet prolongé : une hausse de 11 % des violences le lendemain d’un match, et une progression globale des signalements d’une Coupe du monde à l’autre. Une étude menée en Colombie sur les Mondiaux 2014 et 2018 aboutit à des résultats similaires : les examens médico-légaux liés aux violences faites aux femmes y ont augmenté de 43 % pendant le Mondial 2014 et de 26 % lors de celui de 2018, par rapport aux jours sans match.
Pourquoi les soirs de match
Le football n’est pas responsable des violences : il agit comme un révélateur et un amplificateur de situations déjà à risque. Les soirées de match concentrent en effet plusieurs facteurs aggravants : la consommation d’alcool, les paris sportifs, la frustration liée au résultat, et les tensions familiales.
Comme le soulignent les auteurs de l’étude de Lancaster, « bien que cette étude porte sur un territoire limité, ses conclusions ont une portée importante en raison du caractère mondial des compétitions de football télévisées ». Autrement dit, le phénomène est transposable à tous les pays où la compétition est suivie, La Réunion comprise.
Une résonance particulière à La Réunion
À La Réunion, ces résultats trouvent un écho préoccupant. L’île fait partie des territoires français les plus durement touchés par les violences intrafamiliales. Les violences conjugales y demeurent un problème de santé publique majeur, dans un contexte social marqué par la précarité, des facteurs de risque comme l’alcoolisation (cf. syndrome d’alcoolisation fœtale) et plus récemment la montée des addictions (cf. alerte du préfet sur le trafic de drogue).
Pendant le mois de compétition, les associations et les services de l’État appellent donc à une mobilisation collective : repérer les signaux, soutenir les victimes, et rappeler que rien ne justifie une violence, quel que soit le résultat sportif.
Que faire, où trouver de l’aide
Toute personne victime ou témoin de violences conjugales peut agir :
- 3919 : numéro national d’écoute (gratuit, anonyme, 24h/24), pour les femmes victimes de violences et leur entourage
- 17 : police et gendarmerie en cas d’urgence
- 114 : numéro d’urgence par SMS (utile si l’on ne peut pas parler)
- arretonslesviolences.gouv.fr : tchat et informations
- Associations locales : structures d’accompagnement et d’hébergement à La Réunion
Il est essentiel de ne pas rester seul face à la violence et de signaler les situations, y compris pour un proche ou un voisin.
Suivre
- Préfecture de La Réunion : politique de lutte contre les violences intrafamiliales
- Associations d’aide aux victimes (CIDFF, France Victimes, structures locales)
- 3919 : violences femmes info
- ARS et services sociaux : accompagnement
- Médias locaux : Zinfos974, Le Quotidien, Imazpress, Free Dom

