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Trafic de drogue à La Réunion : le préfet Latron alerte, +300 % de saisies de cathinone et le 'dou' qui se diffuse

Dans un entretien, le préfet Patrice Latron alerte sur l'explosion du trafic de drogue à La Réunion : +83 % de cannabis, +115 % de cocaïne, +300 % de cathinone (dont le 'dou') saisis en un an. 29 mules en 2026, un labo clandestin à Saint-Louis, 4,4 tonnes saisies dans le canal du Mozambique.

Le préfet Patrice Latron alerte sur le trafic de drogue à La Réunion (source : Imazpress)

L’essentiel

L’augmentation du trafic et de la consommation de drogues à La Réunion, parmi lesquelles le « dou », une drogue de synthèse, menace gravement la société réunionnaise, alerte le préfet Patrice Latron dans un entretien à Imazpress. Entre le 1er janvier 2025 et le 1er janvier 2026, les saisies de la douane ont progressé de +83 % pour le cannabis, +115 % pour la cocaïne et +300 % pour la kétamine et la cathinone (dont le dou). Le représentant de l’État pointe les dérives associées : violences faites aux femmes, prostitution y compris de mineurs, et délinquance d’appropriation (cambriolages, atteintes aux personnes). Un laboratoire clandestin de fabrication de dou a été signalé à Saint-Louis.

Le « dou », une drogue de synthèse nouvelle

Le « dou » est une drogue de synthèse de la famille des cathinones (stimulants chimiques apparentés aux amphétamines), dont la diffusion à La Réunion constitue un phénomène récent. Le préfet souligne sa nouveauté : un médecin généraliste interrogé a confié n’avoir jamais entendu parler du dou, signe que le produit échappe encore à la connaissance des acteurs de santé.

Le préfet décrit une drogue dévastatrice sur le plan social. Des bénévoles rapportent un phénomène d’enfants retrouvés dénutris à la maison, « car les parents sont sous l’emprise du dou ». Un laboratoire clandestin de fabrication a été signalé à Saint-Louis, indiquant une production locale en plus de l’importation.

Une explosion mesurée par les saisies

Les chiffres avancés par le préfet, issus des saisies de la douane (produits arrivant par colis et par mules), traduisent une flambée du trafic sur un an :

« Entre le 1er janvier 2025 et le 1er janvier 2026, on est à plus 83 % d’augmentation de saisie de cannabis, à plus 115 % de cocaïne et plus 300 % de kétamine et de cathinone, des drogues de synthèse dont le dou » , Patrice Latron, préfet de La Réunion, juin 2026

Le préfet précise que ses chiffres évoluent en permanence : « Je vous donne mes chiffres depuis le 1er janvier 2026, ils sont déjà faux (…), on vient d’interpeller une mule ce matin. » À cette date, 29 mules avaient été interpellées en 2026, dont 27 « classiques » faisant entrer la drogue à La Réunion, contre 58 sur l’ensemble de 2025. L’argent de la drogue, lui, repart vers la métropole.

Le canal du Mozambique, route majeure

Le préfet insiste sur le rôle des armées et de la Marine nationale, qui agissent sous son autorité dans le canal du Mozambique, axe majeur du narcotrafic régional.

« Ce sont des saisies énormes qui sont faites puisque nous sommes à 4 opérations entre le 1er janvier et le 15 mai 2026. Ce sont 4 tonnes 4 de méthamphétamine, d’héroïne et de dérivés qui ont été saisies. C’est de la drogue qui vient du Balouchistan au Pakistan et qui descend le long de la côte africaine » , Patrice Latron, préfet de La Réunion, juin 2026

Ces interceptions confirment l’insertion de La Réunion et de sa zone dans les routes mondiales du trafic, entre l’Asie productrice et les marchés de consommation.

Des trafiquants sur les réseaux sociaux

Le préfet décrit une mutation des méthodes : les trafiquants affichent désormais leurs « petites annonces » sur les réseaux sociaux, où les acheteurs répondent et où se préparent des règlements de compte. Si La Réunion n’a pas encore de règlement de compte à l’arme à feu, le préfet observe l’apparition d’« expéditions punitives, des menaces, des sanctions physiques », signes d’une violence croissante autour du trafic.

La mécanique économique rend la lutte difficile : « Nous mettons des gens en prison, mais il y a d’autres personnes derrière qui prennent la relève, il y a beaucoup d’argent à gagner dans ces trafics », reconnaît le représentant de l’État.

La stratégie de prévention

Face à un phénomène qui « ébranle la société réunionnaise » et « menace le bien-vivre-ensemble », le préfet mise sur la mobilisation des acteurs de terrain, souvent isolés et dépassés. Plusieurs leviers sont activés :

Un enjeu de santé publique

Au-delà de la sécurité, le trafic de drogue est un enjeu de santé publique majeur pour La Réunion, territoire déjà marqué par des vulnérabilités sociales fortes (pauvreté, chômage). L’addiction au dou et aux autres substances s’ajoute aux problématiques existantes comme le tabagisme ou les troubles liés à l’alcoolisation fœtale.

Les personnes en difficulté avec une addiction peuvent se tourner vers les structures spécialisées (CSAPA, CAARUD), les associations d’aide, ou la ligne nationale Drogues Info Service (0 800 23 13 13, anonyme et gratuit).

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