« Consanguinité capitalistique » : les propos du président de Tereos enflamment la filière canne, avant ses excuses
Le président de Tereos Océan Indien, Philippe Labro, a déclenché une vive polémique à La Réunion en évoquant une « consanguinité capitalistique » pour écarter l'entrée des planteurs au capital du groupe. Chambre d'agriculture, CGPER et le député Perceval Gaillard ont dénoncé ses propos. La FDSEA a réclamé son départ. Labro s'est excusé sur la forme sans céder sur le fond.
L’essentiel
Les propos du président de Tereos Océan Indien, Philippe Labro, tenus dans un entretien au Quotidien, ont déclenché une vive polémique dans la filière canne à La Réunion, selon Zinfos974, Free Dom, Le Quotidien et Réunion La 1ère. Pour écarter l’hypothèse d’une entrée des planteurs au capital du groupe, le dirigeant a évoqué une « consanguinité capitalistique », une formule perçue comme méprisante. En quelques heures, la Chambre d’agriculture, la CGPER et le député Perceval Gaillard ont dénoncé ses déclarations, tandis que la FDSEA réclamait son départ. Sous la pression, Labro a présenté ses excuses sur la forme, sans céder sur le fond.
L’étincelle : « consanguinité capitalistique »
Dans un entretien accordé au supplément du Quotidien, Philippe Labro s’est déclaré opposé à une entrée des planteurs au capital de Tereos, en employant l’expression de « consanguinité capitalistique ». La formule, appliquée aux agriculteurs qui fournissent la matière première du groupe sucrier, a été reçue comme une marque de mépris envers la profession et les organisations qui la représentent.
Le sujet est sensible : les planteurs réclament de longue date davantage de transparence sur les comptes et les activités de l’industriel, seul transformateur de la canne sur l’île. En liant l’entrée au capital à une image négative, le dirigeant a ravivé un rapport de force ancien entre l’amont agricole et l’aval industriel de la filière.
Un front uni contre le dirigeant
Les réactions ont été immédiates et convergentes. La Chambre d’agriculture a jugé les propos « déplacés, incompréhensibles, voire insultants ».
« Nous ne comprenons pas ces mots “consanguinité capitalistique”. Pourtant, Tereos est bien un acteur de l’interprofession canne (…) Le sujet de la transparence des comptes et des activités de Tereos, que demandent les planteurs depuis toujours, est un sujet tabou. Les planteurs seront vent debout pour défendre leurs intérêts » , Chambre d’agriculture de La Réunion, 4 juillet 2026
Le député de La Réunion Perceval Gaillard a estimé que le dirigeant avait commis une double faute, économique et politique.
« Un directeur général ne devrait pas dire ça » , Perceval Gaillard, député de La Réunion, 4 juillet 2026
La CGPER, par la voix de son président Jean-Michel Moutama, a également haussé le ton, tandis que la FDSEA est allée jusqu’à réclamer le départ de Philippe Labro. La controverse a rapidement dépassé la seule question du capital pour rouvrir le débat sur le rôle des planteurs, la gestion des aides publiques et l’article 21 qui garantit le prix de la canne.
Des excuses sur la forme, pas sur le fond
Face au tollé, Philippe Labro a cherché à clarifier ses propos et a présenté ses excuses.
« Je suis sincèrement désolé » , Philippe Labro, président de Tereos Océan Indien, 4 juillet 2026
Le dirigeant affirme regretter que ses mots aient pu heurter les planteurs et assure que son intention n’était pas d’offenser la profession, mais de défendre l’équilibre capitalistique du groupe. Selon les observateurs, il s’est toutefois excusé sur la forme sans rien céder sur le fond : son opposition à une entrée des planteurs au capital demeure.
Une filière stratégique sous tension
L’épisode illustre les tensions structurelles de la filière canne-sucre, pilier historique de l’économie réunionnaise et gros pourvoyeur d’emplois dans les Hauts et l’Est. Le débat sur la gouvernance, la transparence et le partage de la valeur intervient dans un contexte déjà chargé : ouverture de la campagne sucrière, mobilisation des planteurs et interrogations sur l’avenir des aides (cf. rapport de l’OPMR sur l’agroalimentaire).
La polémique laisse des traces. Au-delà des excuses, elle relance la revendication des planteurs pour une plus grande transparence et un rééquilibrage du rapport de force avec l’industriel.
Suivre
- Tereos Océan Indien : position sur le capital et suites de la polémique
- CGPER, FDSEA, Chambre d’agriculture : mobilisation des planteurs
- Interprofession canne-sucre : négociations et prix de la canne
- Médias locaux : Le Quotidien, Zinfos974, Free Dom, Clicanoo, Réunion La 1ère

