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Viande locale jusqu'à 82 % plus chère que l'import : le rapport de l'OPMR qui bouscule l'agroalimentaire réunionnais

L'Observatoire des prix, des marges et des revenus (OPMR) a dévoilé le 3 juillet 2026 une radiographie de l'agroalimentaire réunionnais. Malgré 198 millions d'euros d'aides publiques annuelles, la viande locale reste jusqu'à 82 % plus chère que l'import surgelé. Le rapport pointe la gouvernance de l'URCOOPA et les inégalités entre filières animale et végétale.

Rapport de l'OPMR sur l'agroalimentaire réunionnais, viande locale jusqu'à 82 % plus chère que l'import (juillet 2026)

L’essentiel

L’Observatoire des prix, des marges et des revenus (OPMR) a dévoilé le vendredi 3 juillet 2026 les conclusions d’une radiographie inédite du secteur agroalimentaire réunionnais, selon Free Dom et Imazpress. L’étude, confiée au cabinet NOVIKOT (dirigé par Gérard Yeselnick), montre que la viande locale reste jusqu’à 82 % plus chère que le surgelé importé, malgré 198 millions d’euros d’aides publiques annuelles au secteur. Le rapport met en lumière de graves problèmes de gouvernance, de stockage et d’inégalités structurelles, et pointe notamment le quasi-monopole de l’URCOOPA.

Deux filières, deux organisations

Le premier enseignement du rapport tient au contraste entre les productions animales et végétales, pour un niveau de couverture des besoins en frais pourtant comparable.

La filière animale est très structurée, portée par deux interprofessions puissantes, l’ARIBEV et l’ARIV, qui captent massivement les fonds européens du POSEI et les outils de régulation. Résultat : elle couvre la quasi-totalité des besoins locaux en viande fraîche (porc, poulet, bœuf). Mais elle s’avère incapable d’aligner ses tarifs sur les produits surgelés importés, d’où l’écart de prix pouvant atteindre 82 %.

La filière végétale est à l’inverse fragmentée : deux tiers des producteurs sont indépendants. Elle assure malgré tout 70 % de la consommation locale de produits frais, soit 95 000 tonnes, dont 54 000 tonnes de légumes. Son absence de structuration, que l’ARIFEL tente de corriger depuis sa création en 2012, prive les maraîchers d’un accès direct aux enveloppes du FEADER.

L’URCOOPA, un monopole sous le feu des critiques

Le rapport consacre une part importante de son analyse à l’URCOOPA, présentée comme la clé de voûte de l’agroalimentaire réunionnais. Avec 1 200 producteurs adhérents et 230 000 tonnes de céréales importées, la structure exerce un quasi-monopole sur l’importation, la fabrication d’aliments, la collecte de lait et l’abattage.

L’OPMR pointe une gouvernance jugée « fermée et opaque », en particulier autour de deux mécanismes financiers. Le fonds de régulation, prélèvement structurel destiné à lisser le prix des aliments face aux cours mondiaux, dont la légalité réglementaire est contestée. Et le fonds de modulation, outil conjoncturel d’amortissement des crises (2008, 2022) fondé sur un partage des efforts de marge, lui aussi jugé en marge du cadre réglementaire.

Un modèle sous tension

Le paradoxe soulevé par l’étude est celui d’un secteur largement soutenu par la puissance publique, à hauteur de 198 millions d’euros par an, mais qui échoue à contenir les prix pour le consommateur réunionnais. Dans un territoire marqué par la vie chère, l’écart de prix entre la production locale et l’import pèse directement sur le pouvoir d’achat des ménages, déjà éprouvé par le coût de l’énergie (cf. carburants de juillet) et de l’alimentation.

Le rapport de l’OPMR pose ainsi la question de l’efficacité des aides et de la gouvernance des grandes structures qui organisent la filière. Ses conclusions sont susceptibles de nourrir le débat public sur la souveraineté alimentaire et la régulation des prix à La Réunion.

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