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Pétrels de Barau : plus de 1000 oiseaux secourus à la fin de la saison d'envol 2026

Saison d'envol des pétrels de Barau achevée à La Réunion en 2026 : plus de 1000 jeunes oiseaux secourus de la pollution lumineuse. Conseils, espèce endémique.

Pétrel de Barau secouru à La Réunion (source : Imazpress)

L’essentiel

La saison d’envol des pétrels de Barau s’est achevée à La Réunion début mai 2026, avec plus d’un millier de jeunes oiseaux secourus sur l’ensemble de l’île, selon le bilan dressé par la Société d’Études Ornithologiques de La Réunion (SEOR). L’opération “Nuits sans lumière”, coordonnée pendant tout le mois d’avril, a permis cette mobilisation collective face à la pollution lumineuse qui désoriente chaque année les jeunes oiseaux à leur premier vol. La SEOR souligne toutefois que tous les acteurs ne jouent pas encore le jeu de l’extinction des sources lumineuses, et que des progrès restent nécessaires.

L’espèce

Le pétrel de Barau (Pterodroma baraui) est un oiseau marin strictement endémique de La Réunion, ce qui signifie qu’il ne se reproduit nulle part ailleurs au monde. Il niche dans les hauts massifs de l’île (Grand Bénare, Cilaos, Mafate), à plus de 2 000 mètres d’altitude. Classée “en danger” par l’UICN, l’espèce reste menacée. Adulte, il atteint environ 95 cm d’envergure pour un corps de 40 cm, arbore un plumage noir et blanc contrasté, et se nourrit en mer de poissons et de calamars. Il vit la majeure partie de l’année en haute mer dans l’océan Indien et ne revient à terre que pour se reproduire dans des terriers d’altitude.

Le cycle de vie

La période de reproduction s’étend d’octobre à mai. Les adultes regagnent les sites de nidification en octobre et novembre, pondent un seul œuf par couple, puis assurent une incubation d’environ cinquante jours avant d’élever conjointement le poussin. À l’âge d’envol, en avril et mai, les jeunes quittent leur terrier la nuit pour rejoindre la mer.

Pour s’orienter au cours de ce premier vol, les jeunes pétrels utilisent la lumière naturelle (clarté lunaire, étoiles, reflets sur l’océan). C’est précisément à ce moment que la pollution lumineuse devient critique. Les éclairages urbains (lampadaires, stades, parkings, terrasses) les désorientent et les attirent vers la terre. Épuisés, ils s’écrasent au sol, où ils se retrouvent vulnérables aux chats, chiens, voitures et à la déshydratation.

Plus de 1 000 secourus en 2026

Le bilan mis en avant par la SEOR et relayé par Imazpress et Réunion La 1ère parle d’environ un millier de pétrels sauvés au cours des “Nuits sans lumière” 2026. Ce résultat repose sur une chaîne d’acteurs qui s’enclenche dès qu’un oiseau est trouvé au sol : la SEOR coordonne les soins et le suivi, les particuliers récupèrent les oiseaux et les déposent en points de collecte, les communes assurent la sensibilisation, mettent à disposition des points de collecte et programment l’extinction des éclairages, et le Parc National de La Réunion suit les sites de reproduction.

Selon Réunion La 1ère, la SEOR pointe néanmoins que tous les acteurs publics et privés n’ont pas encore intégré pleinement les consignes d’extinction lumineuse, ce qui maintient un nombre important d’échouages chaque année.

Le geste qui sauve

Si vous trouvez un pétrel au sol, la marche à suivre est simple :

  1. Manipuler l’oiseau avec précaution (gants ou tissu)
  2. Le placer dans un carton percé de trous d’aération
  3. Le garder dans un endroit calme et obscur, sans le nourrir ni lui donner d’eau
  4. Le déposer rapidement dans un point de collecte SEOR
  5. Numéro SEOR : 0262 20 46 65

L’oiseau est ensuite réhydraté, soigné si nécessaire, puis relâché en mer une fois en état de reprendre son envol.

Pollution lumineuse : un enjeu structurel

Réduire la pollution lumineuse ne se limite pas à un geste ponctuel pendant la saison d’envol, c’est un effort qui touche plusieurs niveaux. À l’échelle municipale, l’extinction nocturne des éclairages publics non essentiels, l’orientation des lampadaires vers le sol plutôt que vers le ciel, le choix de spectres orangés moins attractifs que les blancs-bleus et la programmation d’extinction durant les pics d’envol constituent des leviers concrets.

À l’échelle individuelle, les habitants peuvent réduire leurs éclairages extérieurs nocturnes pendant la période sensible (avril-mai surtout), fermer volets ou rideaux la nuit, privilégier les détecteurs de mouvement aux éclairages permanents et sensibiliser leurs voisins ou leur copropriété.

Pour les grands sites, les leviers sont identifiés : programmation des stades sportifs, extinction passé une certaine heure dans les parkings commerciaux, réduction des éclairages nocturnes dans les bâtiments tertiaires, et sensibilisation des clients dans les hôtels.

L’enjeu plus large

Le pétrel de Barau est un emblème de la biodiversité endémique réunionnaise. Patrimoine naturel unique au monde, indicateur de la santé des écosystèmes d’altitude, mascotte de plusieurs initiatives de conservation, il cristallise la fragilité d’une faune insulaire à protéger collectivement.

D’autres espèces partagent les mêmes enjeux à La Réunion :

Suivre

Pour suivre la saison et le travail de protection au long cours, plusieurs structures publient régulièrement : la SEOR pour les bilans et le numéro de secours, le Parc National de La Réunion pour le suivi des sites, la DEAL Réunion pour la politique publique de biodiversité, et 974.live pour l’agrégation des actualités environnement.

Sources externes