Travail dominical : Intermark condamné à plus de 130 000 € d'amendes par le tribunal de Saint-Pierre
Le groupe Intermark d'Éric Thien Ah Koon condamné le 20 mai 2026 par le tribunal de police de Saint-Pierre à 133 725 € d'amendes pour l'ouverture de plusieurs magasins le dimanche dans le Sud de La Réunion. Cadre légal, contexte, enjeux.
L’essentiel
Le tribunal de police de Saint-Pierre a condamné le mardi 20 mai 2026 le groupe Intermark, dirigé par Éric Thien Ah Koon, à une amende totale de 133 725 € pour plusieurs infractions au code du travail liées à l’ouverture de magasins le dimanche dans le Sud de La Réunion, selon Le Quotidien et Freedom.
« Le tribunal de police de Saint-Pierre a condamné le groupe Intermark d’Éric Thien Ah Koon à une amende de 133 725 euros pour l’ouverture de plusieurs magasins dans le sud de l’île » , Le Quotidien, 20 mai 2026
La condamnation est également couverte par Linfo.re. La décision intervient alors que la question du travail dominical est un débat récurrent dans la grande distribution réunionnaise et que le groupe Intermark est par ailleurs en cours de cession à l’enseigne Ecomax.
Ce que prévoit la loi sur le travail du dimanche
En France, le repos hebdomadaire est par principe fixé au dimanche par le Code du travail (article L3132-3). L’ouverture dominicale de certains commerces est encadrée par un dispositif d’autorisations : dérogations préfectorales au cas par cas, arrêtés municipaux pour les commerces de détail (jusqu’à 12 dimanches par an), dérogations sectorielles pour les commerces alimentaires (ouverture autorisée jusqu’à 13h le dimanche dans certains cas).
À La Réunion comme en métropole, les infractions au régime du travail dominical sont régulièrement constatées par l’inspection du travail lors de contrôles sur sites. Les sanctions sont des amendes contraventionnelles de 1 500 € à 7 500 € par salarié concerné (article R3135-2 du Code du travail), avec possibilité de multipliage en cas de récidive ou d’infractions multiples établies.
Le montant de 133 725 € prononcé contre Intermark correspond à l’addition des amendes infligées pour les différents magasins et les différents salariés concernés, jugés sur les mêmes audiences.
Le contexte Intermark
Intermark est une chaîne de grande distribution locale réunionnaise, fondée et dirigée par Éric Thien Ah Koon, figure entrepreneuriale connue de l’île. L’enseigne exploite des magasins essentiellement implantés dans le Sud et le Sud-Ouest de l’île, en concurrence avec d’autres acteurs (Leclerc, Carrefour Market, Run Market, etc.).
Le dossier travail dominical d’Intermark est suivi depuis plusieurs années par l’inspection du travail et les syndicats locaux (CGTR, FO, CFDT), qui dénoncent régulièrement les conditions d’emploi dans la grande distribution réunionnaise (rémunérations, primes de dimanche, planning, amplitudes horaires).
À noter, le groupe Intermark fait par ailleurs l’objet d’une opération de cession annoncée récemment : l’enseigne Ecomax doit prendre la place d’Intermark dans plusieurs magasins du Sud, dans le cadre d’un changement d’actionnariat et d’identité commerciale. Le calendrier de cette transition reste à préciser par les acteurs concernés.
Pourquoi le travail dominical est sensible à La Réunion
Trois éléments rendent la question particulièrement vive à La Réunion.
D’abord, la structure du marché du travail local : un taux de chômage supérieur à la métropole, une part importante d’emplois à temps partiel subi, et une dépendance à la grande distribution pour de nombreux foyers (en tant qu’employeur et qu’accès essentiel aux produits de consommation).
Ensuite, la revendication ancienne des salariés sur les conditions d’ouverture dominicale : si certains acceptent (voire demandent) d’être planifiés le dimanche pour la majoration de salaire, d’autres dénoncent la pression exercée pour accepter ces créneaux et la dégradation de la vie familiale et personnelle.
Enfin, le modèle économique des grandes surfaces ultramarines : marges contraintes par la distance, coûts logistiques élevés, concurrence entre enseignes. L’ouverture dominicale est perçue par les directions comme un levier de chiffre d’affaires que les concurrents peuvent activer, créant une course où les infractions au code du travail deviennent un risque calculé.
Réactions
À la date de cette décision, plusieurs syndicats ont salué la condamnation, qu’ils interprètent comme une validation de leurs revendications et une protection des salariés contre les pratiques illégales. La direction d’Intermark dispose de la possibilité de faire appel dans les délais légaux. Les modalités de paiement ou de contestation des amendes seront communiquées dans les semaines à venir.
Le sujet rejoint, plus largement, le climat social tendu à La Réunion en mai 2026 : débat sur les contrats PEC, élargissement de Cart’ Monetik aux aides à domicile, hausse des prix des carburants.
Pour les consommateurs
L’ouverture dominicale légale de certains commerces (commerces alimentaires jusqu’à 13h, magasins de meubles, jardineries, fleuristes, certaines stations-service et bricolages) reste autorisée selon les cadres rappelés ci-dessus. La liste précise des commerces ouverts le dimanche dans le Sud de l’île varie d’une semaine à l’autre, selon les arrêtés municipaux et les autorisations préfectorales en cours.
Les consommateurs peuvent vérifier l’ouverture des magasins via les sites web des enseignes, les réseaux sociaux et les applications dédiées (Google Maps, etc.).
Pour les salariés
Les salariés d’un commerce ouvert le dimanche en infraction sont en droit de signaler la situation à l’inspection du travail (DEETS, anciennement DIRECCTE) et à leur syndicat. Les dénonciations sont protégées par le Code du travail et ne peuvent justifier une mesure de rétorsion par l’employeur. En cas de doute, consulter le service public d’information juridique (Maison de la Justice et du Droit, Permanence syndicale) ou un avocat en droit social.
Suivre
- Tribunal judiciaire de Saint-Pierre : suite éventuelle (appel)
- DEETS Réunion : contrôles et signalements sur le travail dominical
- Syndicats : CGTR, FO, CFDT, CGT-FO commerce et services
- Médias locaux : Le Quotidien, Linfo.re, Freedom, Imazpress


