Hydro Tanika : EDF lance la concertation d'une STEP marine inédite à Saint-Denis, mise en service 2033
EDF Réunion lance le 21 mai 2026 la concertation publique du projet Hydro Tanika, une station de transfert d'énergie par pompage marine sur le plateau de la Montagne à Saint-Denis. Première mondiale, mise en service prévue 2033.
L’essentiel
EDF Réunion a lancé le 21 mai 2026 la phase de concertation publique du projet Hydro Tanika, une STEP marine (Station de Transfert d’Énergie par Pompage) inédite, prévue pour entrer en service en 2033 sur le plateau de la Montagne à Saint-Denis. Le système utilisera l’eau de mer pompée vers un bassin en altitude, puis relâchée à travers des turbines pour produire de l’électricité quand le réseau en a besoin. Il s’agit d’une innovation mondiale, présentée par Zinfos974 comme « un premier pas vers la souveraineté énergétique de La Réunion ».
« Tanika signifie bassine. Un mot en tout cas fort approprié pour désigner une Station de transfert d’énergie par pompage avec sa retenue d’eau géante » , Jean-Pierre Chabriat, cité par Le Quotidien, 21 mai 2026
Qu’est-ce qu’une STEP marine
Une STEP (Station de Transfert d’Énergie par Pompage) est un dispositif de stockage d’énergie hydraulique. Le principe est éprouvé en STEP classique (eau douce) depuis des décennies en France métropolitaine (Grand’Maison, Montezic, Revin) : deux bassins, un en hauteur, un en contrebas, reliés par une conduite forcée qui contient des turbines réversibles.
Quand il y a un surplus d’électricité sur le réseau (par exemple en milieu de journée quand le solaire produit beaucoup), la machine pompe l’eau du bassin bas vers le bassin haut. Quand le réseau demande de l’électricité (pointe du soir, jour sans soleil), on lâche l’eau vers le bas à travers les turbines, qui produisent du courant. Le rendement aller-retour est élevé (typiquement 70 à 80 %), ce qui en fait la technologie de stockage d’énergie la plus mature à grande échelle au monde.
La STEP marine d’Hydro Tanika utilise comme bassin bas l’océan Indien lui-même, et comme bassin haut un réservoir construit en altitude sur le plateau de la Montagne. C’est cette utilisation de l’eau de mer qui constitue l’innovation mondiale : la corrosion, les contraintes biologiques (biofouling), les frottements salins imposent des choix techniques inédits sur les matériaux, les turbines, les pompes et l’étanchéité du bassin haut.
Pourquoi ce projet à La Réunion
Trois raisons rendent ce projet stratégique pour le système électrique réunionnais.
D’abord, La Réunion est isolée électriquement : aucune interconnexion avec un réseau voisin (île). Tout l’équilibre entre production et consommation doit être assuré localement, à chaque instant. Quand l’éolien ou le solaire baisse (nuage, vent qui tombe), une réserve immédiate doit pouvoir prendre le relais.
Ensuite, la transition énergétique : La Réunion vise une autonomie énergétique à terme. Cela implique d’augmenter la part des énergies renouvelables (solaire, éolien, biomasse, hydro), qui sont intermittentes par nature. Pour absorber le surplus quand il y en a et combler les creux quand il en manque, un stockage massif est indispensable.
Enfin, la géographie : La Réunion offre un dénivelé important entre l’océan et les plateaux d’altitude à seulement quelques kilomètres de distance. Cette chute hydraulique naturelle rend une STEP techniquement faisable à un coût supportable.
Le calendrier
D’après Le Quotidien et Zinfos974, le projet entre dans sa phase de concertation publique en mai 2026. Cette étape est obligatoire pour un projet de cette ampleur et de cet impact environnemental. Elle permet aux habitants, aux associations, aux élus et aux acteurs économiques d’émettre avis, questions et propositions avant que les caractéristiques finales soient arrêtées.
La mise en service est prévue d’ici 2033, soit un horizon de sept ans. Ce délai inclut les études détaillées, les autorisations administratives (loi sur l’eau, espèces protégées, urbanisme), les enquêtes publiques réglementaires, la conception détaillée, la construction du bassin et des conduites, et la mise en service progressive.
Hydro Tanika dans le mix électrique 974
Le mix électrique réunionnais combine actuellement plusieurs sources : la centrale thermique du Port (en transition charbon , biomasse), des centrales solaires photovoltaïques, des parcs éoliens, et de l’hydroélectricité historique (centrales de la Rivière de l’Est, de Takamaka). Les énergies renouvelables représentent une part croissante, mais leur intermittence pose un défi à l’équilibre du réseau.
Hydro Tanika apportera principalement un service de stockage : pas de production nette nouvelle sur l’année, mais une capacité à déplacer l’énergie dans le temps (heures de surplus solaire vers heures de pointe du soir). En complément des batteries lithium (techniquement matures mais coûteuses à grande échelle), elle constitue une alternative durable pour le stockage journalier voire pluri-journalier.
La concertation publique
La concertation lancée le 21 mai 2026 permet à toute personne intéressée de s’informer sur le projet, poser des questions, formuler des observations, et influencer les choix de conception finaux. Les modalités précises sont publiées sur le site dédié EDF et auprès de la Commission nationale du débat public (CNDP) qui supervise le bon déroulement.
Plusieurs sujets sont attendus dans la concertation : acceptabilité paysagère du bassin haut sur le plateau de la Montagne, impact environnemental (biodiversité terrestre et marine, espèces protégées), bruit et vibrations pendant le chantier et l’exploitation, emplois locaux créés directement et indirectement, coût et structure de financement (part publique, part privée, fonds européens), et alternatives examinées (batteries, autres sites).
Les enjeux politiques et économiques
Le projet Hydro Tanika rejoint un ensemble de dossiers structurels de l’année 2026 à La Réunion : transition énergétique (sortie progressive du charbon à la centrale du Port), souveraineté technologique, autonomie de l’île, et innovation industrielle. Il s’inscrit aussi dans une logique européenne de soutien aux territoires ultrapériphériques pour la transition énergétique (programme POSEI et fonds FEDER).
Côté acteurs, l’opération mobilise EDF Réunion, la Région Réunion, le Département, la mairie de Saint-Denis, les intercommunalités (CINOR), les acteurs scientifiques (université de La Réunion, CIRAD, IFREMER), et les associations environnementales.
Pour suivre la concertation
Les modalités de participation seront détaillées dans les semaines à venir sur le site dédié d’EDF Réunion et via la Commission nationale du débat public. Réunions publiques, registres d’observations, questionnaires en ligne et plateforme web sont les canaux habituels. La participation est libre et anonyme ; les avis recueillis font ensuite l’objet d’un rapport publié à la fin de la phase de concertation.
Le contexte télécom et infrastructure
Le projet Hydro Tanika s’inscrit dans le contexte plus large d’infrastructure 974 déjà documenté sur 974.live : câbles sous-marins (résilience numérique), NRL Nouvelle Route du Littoral (résilience transport), coupures EDF planifiées. Tous ces chantiers visent à améliorer la résilience et la souveraineté d’un territoire insulaire dépendant de l’extérieur.
Suivre
- EDF Réunion : communications officielles sur Hydro Tanika
- Commission nationale du débat public (CNDP) : modalités de concertation
- Région Réunion : politique régionale énergie
- Médias locaux : Le Quotidien, Zinfos974, Imazpress, La 1ère, Linfo.re
