Vente de Tereos : le Département de La Réunion prêt à entrer au capital sous conditions
Ouverture du capital de Tereos en mai 2026. Cyrille Melchior (Département) se dit prêt à investir 'si transparence des comptes'. Bruno Robert (filière canne) appelle à 'faire bloc'. Enjeu stratégique pour la filière canne réunionnaise.
L’essentiel
Le groupe Tereos, géant français du sucre, a annoncé l’ouverture de son capital à de nouveaux investisseurs. Son entité réunionnaise Tereos Océan Indien (TOI) opère les sucreries de Bois-Rouge (Est) et du Gol (Sud-Ouest), pilier de la filière canne historique 974. Face à l’enjeu, Cyrille Melchior, président du Département de La Réunion, se déclare prêt à investir dans le capital de Tereos selon La 1ère :
« S’il faut participer au capital, nous le ferons, à condition que le groupe industriel joue la transparence » , Cyrille Melchior, président du Département de La Réunion, 13 mai 2026 (cité par Freedom)
Bruno Robert, dirigeant de la filière canne réunionnaise, appelle de son côté les Réunionnais à « faire bloc » derrière cette filière « historique », selon Zinfos974. Le groupe La Martiniquaise, acteur des spiritueux déjà implanté à La Réunion, est cité comme candidat à l’acquisition.
Ce qu’est Tereos à La Réunion
Tereos est une coopérative française issue de la fusion d’un ensemble de sucreries betteravières et cannières, deuxième groupe sucrier mondial par le volume. Tereos Océan Indien (TOI) est sa filiale réunionnaise, qui exploite deux sucreries : Bois-Rouge (Saint-André, Est) et Le Gol (Saint-Louis, Sud-Ouest). Ces deux usines traitent l’intégralité de la canne à sucre produite sur l’île, soit en moyenne 1,5 à 2 millions de tonnes de canne par campagne (juin à décembre selon les années).
La filière canne est l’un des piliers économiques et identitaires de La Réunion. Elle représente quelque 18 000 emplois directs et indirects (planteurs, ouvriers d’usine, transporteurs, équipementiers, distilleries de rhum), couvre plus de la moitié de la surface agricole utile et structure le paysage de l’île. Elle produit également les mélasses et la bagasse utilisée par les centrales thermiques (cogénération) qui couvrent une part de l’électricité produite à La Réunion.
La position du Département : prêt à investir si transparence
Cyrille Melchior, président du Département de La Réunion, a déclaré que la collectivité est prête à entrer au capital de Tereos lors d’une ouverture aux investisseurs, à condition que deux exigences soient satisfaites. La première est la transparence des comptes du groupe industriel, en particulier sur les opérations spécifiques de Tereos Océan Indien. La seconde est la prise en compte des intérêts réunionnais dans la gouvernance et les décisions stratégiques (maintien des sites, des emplois, des prix d’achat aux planteurs).
La déclaration de Cyrille Melchior s’inscrit dans une logique de souveraineté économique territoriale assez classique sur ce type de dossier : la collectivité ne souhaite pas voir la filière passer sous contrôle d’un acteur dont les intérêts seraient déconnectés du tissu local. La question du véhicule juridique d’une telle prise de participation (SEM, holding publique, partenariat avec d’autres acteurs locaux comme la Région) reste à préciser, de même que les montants envisagés.
L’appel de Bruno Robert : “faire bloc”
Bruno Robert, figure de la filière canne réunionnaise, a appelé l’ensemble des Réunionnais à “faire bloc” derrière la filière historique dans ce moment de réorganisation capitalistique. Sa position traduit l’inquiétude des planteurs et des syndicats agricoles sur les conséquences d’un changement d’actionnariat majoritaire.
Les craintes portent principalement sur quatre points. Le prix d’achat de la canne payé aux planteurs, encadré par la convention canne qui lie planteurs et industriels. La pérennité des deux sucreries (Bois-Rouge et Le Gol), dont l’arrêt aurait des conséquences sociales et économiques majeures pour les bassins de Saint-André et de Saint-Louis. L’accès aux aides européennes (POSEI, FEAGA) qui complètent les revenus de la filière. La continuité des relations avec les distilleries locales et les filières aval (rhum, énergie via la bagasse).
La Martiniquaise candidate
Parmi les candidats évoqués à la reprise figure le groupe La Martiniquaise, acteur français majeur des spiritueux (porteur des marques Label 5, Saint-James, Glen Moray, et autres). La Martiniquaise est déjà implantée à La Réunion via ses activités sur les rhums et autres alcools. Une éventuelle reprise lui donnerait une intégration plus large dans la filière canne-sucre-rhum locale.
D’autres candidats peuvent émerger au fil de la procédure d’ouverture du capital. Les acteurs internationaux du sucre, les fonds d’investissement et les acteurs agro-industriels sont susceptibles d’examiner le dossier compte tenu de la valeur stratégique des sucreries réunionnaises.
Pour les planteurs et les salariés
À ce stade, aucune décision opérationnelle n’est arrêtée concernant les sites, les emplois ou les prix d’achat. La phase d’ouverture du capital s’étale généralement sur plusieurs mois et passe par l’examen des offres, la due diligence, les arbitrages d’antitrust et la négociation des engagements pris par le repreneur. Les organisations syndicales (CGT, FO, CFDT, SAP) et les syndicats agricoles (FDSEA, JA, Modef) ont vocation à être associés au suivi.
Les planteurs ont intérêt à suivre les communications de l’UNION DES PRODUCTEURS et des syndicats agricoles dans les semaines à venir. Les salariés des sucreries seront informés via leurs représentants du personnel (CSE) et leurs organisations syndicales.
Le contexte plus large
Cet épisode capital n’arrive pas isolément. Il s’inscrit dans un contexte économique et social tendu à La Réunion en mai 2026, marqué par la crise des carburants et l’élargissement du dispositif Cart’ Monetik, des mouvements sociaux dans la santé privée et l’aérien, et une vigilance générale sur le pouvoir d’achat. Le sucre et le rhum restent des exports identitaires majeurs depuis le Port de La Réunion, même si leur poids relatif dans l’économie totale s’est réduit au fil des décennies.
Suivre
- Tereos Océan Indien : communications officielles du groupe
- Département de La Réunion : positions de Cyrille Melchior et de la collectivité
- Syndicats canniers (FDSEA, JA, Modef) : positions des planteurs
- Médias locaux : Zinfos974, La 1ère, Freedom, Imazpress, Le Quotidien
Sources externes
- La 1ère / France Info , Cyrille Melchior prêt à participer au capital
- Zinfos974 , Bruno Robert appelle à faire bloc derrière la filière historique
- Freedom , Département prêt à investir si Tereos joue la transparence (vidéo)
- Zinfos974 , vente de Tereos, le Département réclame la transparence
- Tereos , site officiel
- Département de La Réunion

